Demandé comme vicaire par son frère Pierre, qui vient d'être nommé curé de Cerdon en août 1816, Jean-Claude Colin attend un an pour l'informer du projet de Société de Marie. Pierre accepte aussitôt d'en faire partie.
Sans doute les deux frères cherchent-ils ce qu'ils pourraient faire pour commencer à réaliser eux aussi quelque chose. Pierre se souvient de Jeanne-Marie Chavoin et de Marie Jotillon, qu'il avait connues à Coutouvre quand il était vicaire dans cette paroisse, de 1810 à 1812. Une correspondance s'engage, et Jeanne-Marie Chavoin, qui avait repoussé des invitations à entrer dans plusieurs communautés, accepte de partir avec son amie à près de deux cents kilomètres de chez elle pour commencer la congrégation de la sainte Vierge.
Les deux jeunes filles sont d'abord logées chez les soeurs de Saint-Joseph, mais la solution ne peut durer. Sur ces entrefaites, l'école de Saint-Clair se trouvant en difficultés, M. Courveille envoie Marie Jotillon prêter main forte à ses Soeurs de Marie, sans doute dès la fin de 1819. Quant à Jeanne-Marie Chavoin, elle entre au presbytère comme gouvernante. A ce titre, elle va vivre pendant six ans en contact quotidien avec les abbés Colin et dans leur intimité spirituelle, partageant leurs préoccupations pour la Société et les soutenant. Ceci explique la manière dont elle a profondément assimilé la pensée du P. Colin, qu'elle considérera jusqu'à la fin de sa vie comme celui qui a mission de donner la règle et l'esprit de Marie non seulement aux pères mais aussi aux soeurs maristes.
Aucune communauté proprement dite ne prend donc naissance à Cerdon avant 1823. A côté de ce qui s'est fait à la Valla, Rive-de-Gier, Saint-Clair et même Feurs, les réalisations des abbés Colin paraissent maigres. Et pourtant, c'est à Cerdon que se sont passés, de 1816 à 1822, les événements décisifs pour l'avenir de la Société tout entière. La prochaine conférence sera consacrée aux grâces intérieures qui ont provoqué et accompagné, durant ces années, la composition par Jean-Claude Colin de la règle de la Société et l'ont préparé à la tâche qu'il assumera à la période suivante.
L'IDÉE DE LA SOCIÉTÉ CHEZ JEAN-CLAUDE COLIN AVANT 1815
Jean-Claude Courveille semble donc avoir eu en 1812, sans influence extérieure connue ni même probable, l'idée d'une Société de Marie. Mais Jean-Claude Colin ne l'avait-il pas eue avant lui, de sorte que le fait du Puy n'aurait qu'une valeur accidentelle et secondaire?
1. Le P. Colin a plusieurs fois affirmé avoir pensé à la Société avant son grand séminaire.
- Très tôt, même avant les scandales et la disparition de M. Courveille, l'abbé Colin a affirmé à mots couverts que ce dernier n'avait pas été le premier à avoir l'idée de la Société.
- En 1865, avant le début de la controverse historique sur les origines, il écrivit au P. Mayet: « M. Courveille n'a eu d'autre mérite dans l'oeuvre de la Société que celui de la manifester en 1815. D'autre, sans la manifester, avait la même idée de l'oeuvre ».
- En 1868-1869, sous la pression de ses secrétaires, il a même précisé:
a) qu'il avait eu l'idée de la Société avant de venir au grand séminaire de Lyon;
b) qu'il avait même rédigé un petit projet (ibid.);
c) qu'il avait vu tous ceux qui devaient plus tard concourir avec lui..
2. Toutefois, on ne peut déduire de ces textes que Jean-Claude Colin ait eu avant 1815 le nom de Société de Marie ni l'idée claire d'une telle société.
- Il a reconnu lui-même que le nom vient de M. Courveille, non de lui. Le P. Jeantin, rapportant ses paroles au style indirect, écrit : "Il avait, avant de venir au séminaire, le projet d'une société consacrée, il est vrai, à la sainte Vierge; mais il n'avait pas le nom de Société de Marie. Ce nom vient de M. Courveille".
- Les secrétaires, partant du présupposé qu'il y avait eu un fait miraculeux bien déterminé, une vision du P. Colin, à l'origine de la Société et désireux d'écarter par là les prétentions de M. Courveille, ont eu tendance à durcir dans leur sens les déclarations du P. Fondateur. En fait, il ne semble pas y avoir eu chez Jean-Claude Colin avant Cerdon de phénomène charismatique localisable dans le temps et l'espace où l'on pourrait chercher la première origine de la Société. Le P. Colin a dit lui-même que la Société avait été une idée de toute sa vie et a employé la comparaison du germe qui se développe insensiblement. Cette lente croissance est à rapprocher de la maturation progressive de sa vie spirituelle et de sa vocation religieuse :
a) au point de départ se trouve le tempérament de base du jeune Jean-Claude, orphelin timide et sensible habitué à vivre dans un monde intérieur déjà peuplé de présences spirituelles et animé d'une dévotion personnelle à Marie;
b) à quatorze ans, la crise de la première communion révèle le sérieux d'une vie intérieure qui se cherche et qui trouvera dans l'ambiance austère du petit séminaire les conditions d'une vraie solitude avec Dieu;
c) là, peut-être sous l'influence du Dieu seul de Boudon, Jean-Claude peut concevoir l'idée d'une association toute spirituelle sous le patronage de Marie et jeter quelques notes sur le papier;
d) à Verrières en 1812-13, il est déjà en contact avec Champagnat, Déclas, Terraillon, et peut discerner en eux des aptitudes spirituelles pour la société dont il rêve sans penser le moins du monde qu'il doive la réaliser lui-même;
e) au grand séminaire, l'idée de cette société est déjà assez forte en lui pour lui faire repousser toute invitation à s'associer à un autre projet jusqu'à sa rencontre avec Courveille.
Jean-Claude Colin en 1815 était donc spirituellement préparé à une société dont il portait dès longtemps l'aspiration en lui sans avoir songé ni à son nom ni à la manière dont elle prendrait corps. Dès ce moment, sans doute saisit-il plus profondément qu'aucun autre, grâce à cette préparation, la vocation, la mission et l'esprit de la société voulue par Marie. En ce sens, il pourra affirmer n'avoir pas attendu M. Courveille pour penser à la Société de Marie. Mais cela n'exclut nullement que le nom et l'idée précise de cette dernière remontent à ce qui s'est passé au Puy le 15 août 1812.
Toute l'histoire est à voir sur le site : www.maristas.com
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